Des jours se sont écoulés avec notre hiver assez rude, de - 9 à - 12° C, pendant les épisodes de neige, les coups de froids sibériens, les tempêtes et que d’eau, que d’eau ! 

Pourtant les  signes annonciateurs du printemps sont passés depuis début février : les premières sorties des abeilles, le passage des grues… le vol nuptial de la bondrée apicole, les premières pâquerettes et les premiers papillons !

 

Remontée des grues vers le nord passant au dessus du rucher 2018Le retour de la bondrée apicolevol caracteristique de la bondrée

Dans les jours à venir, un courant froid venant  de Russie va faire chuter les températures. Son effet direct  sera de ralentir la végétation qui a déjà un mois d’avance. Sinon, bourgeons et fleurs risquent de geler comme en 2017, ce qui peut se révéler catastrophique, pour la production de miel. En outre, sans pollinisation, il n’y aura aucun fruit. 80% des cultures à travers le monde sont dépendantes de l'activité des insectes pour la pollinisation, au premier rang desquels les abeilles. 

Ces jours ci, les abeilles butinent les pollens sur les noisetiers et sur les buis. Ces derniers sont normalement en fleurs mi-avril ! Pour l’instant, je ne peux pas dire entre saule, pissenlit, merisier, prunier sauvage… ce que les butineuses vont récolter comme nectars lors des premières grandes floraisons.

 

 

 abeille cherchant du pollen de buisabeille italienne recoltant le pollen du buisPetite espèce d'abeille sauvage

 

Quoiqu’il en soit, les abeilles n’ont pas attendu l’homme ou l’apiculteur pour passer des caps difficiles. Au delà la survie, mes colonies se révèlent être en forme, cherchant la moindre opportunité pour récolter pollens et nectars. Leurs très belles réserves d’automne leurs ont permis d’avoir assez  de nourriture et de pollens pour commencer leurs croissances printanières.

 

cargaison de pollen

 

 

 

En avril et en mai, en accord avec la météo, de nouvelles ruches seront crées par division et par nucléi, de nombreuses colonies ayant des reines (trop) âgées de 4 ans, ce qui est, aujourd’hui, exceptionnel.

 

Chaque reine  donne  les « motivations » aux ouvrières grâce aux phéromones qu’elles émettent.  Les vielles reines furent moins dynamiques l’an dernier, aussi bien en ce qui concerne le développement que la production. La durée de vie d’une reine est, normalement, de deux ans et demi, jusqu’à leur essaimage. Hélas, la plupart des apiculteurs, petits ou grands, les tuent au bout d’un an pour aussi avoir une meilleure production et afin d’éviter l’essaimage naturel.  Ceci montre qu’un management complètement industriel est aussi pratiqué dans l’apiculture française. 

Je ne cautionne ni ne partage ces méthodes destructrices. En effet, supprimer les vielles reines perturbe beaucoup les colonies orphelines. De plus,  à moyen terme, ce régicide ne permet pas de générer, au fur et à mesure des générations qui se succèdent, une espèce d’abeille endemique c'est à dire parfaitement adaptée à environnement qu’elle fréquente.

Ce genre de gestion comptable des colonies est très repandu en apiculture. Nous avons de moins en moins de contact avec la nature. Nous allons vers un monde de plus en plus mécanisé, robotisé et  « logarithmé »  créé par des personnes qui n’ont, de leur vie, jamais vu une abeille posée sur une fleur sauvage.  L’intervention directe de l’homme s’amenuise de plus en plus. Les abeilles robots sont en test depuis 2014 à l’université d’Harvard !

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2014/08/04/01007-20140804ARTFIG00133-ces-robots-qui-pourraient-remplacer-les-abeilles.php

Les pouvoirs, les lobbies sont favorables aux robots car ils ne craignent ni les pesticides, ni les destructeurs  de néonicotinoïdes ! Bref, une honte pour la nature et pour l’homme.  Quand nous pensons que «  l’art du pizzaïolo », que « l’art de  la  gastronomie  française » (quand on voit ce que l’on « mal bouffe » dans les restaurants, MDR !)  sont inscrits au patrimoine de l’Unesco. Et à coté ce ça, en s’intéressant à l’apiculture… le GIEG de la biodiversité fait une tambouille administrative de rapports en rapports, qui apportent des infos que l’on sait déjà depuis plus de 10 ans !

Le déclin « catastrophique », des oiseaux d’un tiers en quinze ans, est aussi largement dû aux pratiques agricoles, selon les études du CNRS et du Muséum d’histoire naturelle. Idem pour les insectes avec des pertes de 70 à 80%. Ce n'est pas un problème d'agriculteur mais de modèle agricole qui est en train de nous nuire.

http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2018/03/20/les-oiseaux-disparaissent-des-campagnes-francaises-a-une-vitesse-vertigineuse_5273420_1652692.html

Les abeilles permettent la vie de l'Homme et, en 2018, rien n’a changé : la chimie agricole est toujours autorisée.

Mais, restons optimiste !  Certains lieux, comme La Mouline, avec une biodiversité exceptionnelle sont encore épargnés par les pollutions irréversibles.